ce blog est celui des éditions ASPECT de Nancy qui se proposent d'éditer des textes de langue française d'écriture contemporaine.
J’ai le blues de ma ville
La ville de mon enfance s’étire à mes pieds
En grand sourire édenté
Les maisons que je croise au détour de l’errance
Sont des caries béantes et tristes
Le silence qui s’impose ici
Aujourd’hui encore
Me désole et cingle le cœur
Mémoires de nos enfances disparues
Levez à chacun de mes pas
Les nids de poussière qui envahissent mon âme
Quand je mets pied à terre au berceau de mon nombril
Là où ma chair si souvent blessée
Vient en ce jour pluvieux
Rechercher ses béquilles évanouies
Silences troublants des oiseaux aphones
Silence cuisant les traces chauves
Qui menaient jadis dans les prés ourlés
Des cannaies en fleurs…
Donnez la voix aux taureaux mâles
Fumant la bagasse sèche
C’est un chant bien trop triste que ton nom invoque
Ville-île de mon enfance
Blottie à jamais au creux de ma mémoire
Je t’ai rêvé souvent
Tison ardent défiant mes nuits sans lune
Que de fois loin
De la chaleur de ton corps procure
J’ai levé ton fanion au sommet des stèles
Et gravé notre amour à la face des tiers
Je te porte dans mes pas
Blessure vivace
Je te chante encore souvent et toujours
Pour me donner la force de te chérir plus fort
Ville de mon enfance confondue en mon île
Mon blues est pour toi
Pour nous relever ensemble des affres du silence
Max Rippon 21janvier 2006
Max Rippon
Max Rippon est né le 29 février 1944 à Grand-Bourg (Marie-Galante), où il passe son enfance dans le quartier de Lalé Pôyé à Grand-Bourg avant d’aller poursuivre ses études secondaires à Pointe-à-Pitre, comme pensionnaire au lycée Carnot, où il se lie d’amitié avec les poètes Sony Rupaire et Guy Tirolien.
Très actif, il crée les associations « Les Colibris », « l’Amicale des Marie-Galantais » et le journal Aïchi.
Max Rippon s'est installé au Lamantin (Basse-Terre), il partage son temps entre Marie-Galante et Guadeloupe, mais il se définit comme fondamentalement marie-galantais, se donnant pour mission de transcrire la mémoire collective de son île natale, principale source de son inspiration. Il se consacre à la littérature, à la poésie du quotidien dans la langue de tous les jours, à la fois française et créole.
Pour la première fois en 2006 il dédicace son premier roman en français , savoureux " racontage" intitulé Marie la Gracieuse (éd. Jasor) à la Foire de livre de Paris, "pour remonter le fil du pays fondamental".