ce blog est celui des éditions ASPECT de Nancy qui se proposent d'éditer des textes de langue française d'écriture contemporaine.
Dembe Assane Sy
Nous avons décidé d’éditer un ouvrage tout à fait particulier, "Un jeune Toucouleur à l'assaut de la vie", qui s’écarte quelque peu de notre ligne éditoriale qui veut promouvoir les « Ecritures contemporaines ». Encore que…
Il s’agit d’un texte d’un peu plus de 1120 pages, que nous ferons paraître en deux tomes, et qui raconte la vie d’un jeune Toucouleur (de moins en moins jeune au fur et à mesure du récit, comme vous et moi) depuis sa naissance en 1921 jusqu’à nos jours.
Avant d’expliquer comment ce texte-mémoire est arrivé entre nos mains, il faut revenir sur les raisons de notre choix.
La volonté des éditions ASPECT est de faire découvrir, et vous l’avez compris avec l’édition de CARNAVALESQUES, la langue française telle qu’elle s’écrit dans le monde entier. Enfant des écoles de la colonisation, Demba Assane Sy écrit la langue française des lettrés du Sénégal abreuvé des lectures « classiques » de tous les enfants de France, Zévaco et Dumas notamment. Langue précise, parfois élégante, émaillée de peu (trop peu ?) d’africanismes, relue soigneusement et distillée avec amour (c’est l’impression que le texte donne) et fierté.
Nous devions, pour cette raison déjà, trouver une place pour ce texte dans nos collections.
La seconde raison est que nos amis d’Afrique qui n’ont pas la chance d’avoir un éditeur, ni là-bas, ni ici, parce que la mode n’est pas encore à l’édition patrimoniale, florissante sous nos cieux tempérés, méritent (est-ce le terme ?) de voir leurs textes édités afin que soit sauvegardés et la mémoire –et celle-ci couvre tout le XXème siècle- de leur pays et de son peuple, et cette écriture si particulière qui est l’un des « moments » de l’écriture du français dans les pays francophone (où le français était appris à l’école comme une langue non familiale). La langue française dans les pays d’Afrique de l’Ouest a évolué depuis de manière pourrait-on dire autonome, et a permis l’éclosion de talents et d’oeuvres fort différents.
La troisième raison est plus prosaïque et plus aventureuse aussi. Nous sommes persuadés que « sur les deux rives du fleuve » le même peuple de lecteurs, loin de tous préjugés, retrouve, dans ces mémoires d’ici et de là-bas, la même curiosité –et Dieu sait si le jeune Toucouleur était curieux de tout-, les mêmes intérêts, la même humanité. Un nouveau public, peut-être le même, qui s’élargira au cours (au long cours ?) des chemins de nos découvertes.
Ci-dessous , vous trouverez la première page de cet ouvrage qui devrait paraître pour septembre et le Livre sur la Place de Nancy. Merci aux lecteurs courageux qui pourraient ajouter un commentaire…et si votre demande est forte, la suite sur le blog.
(je vous expliquerai comment ce texte est arrivé dans le prochain numéro)
Parcours d’un jeune Toucouleur
à l’assaut de la vie
Un vieil homme se souvient
Demba Assane Sy (Sénégal)
Chapitre I
Enfance dans le milieu traditionnel
Je suis né officiellement en 1922 sans autre précision.
Je dispose d’un jugement supplétif tenant lieu d’acte de naissance.
Mon père qui a été à l’école française n’a pas jugé utile de faire une déclaration à ma naissance comme il l’avait fait pour mon grand frère Malick né un 19 juillet 1919 et qui est mort en bas âge.
Est-ce pour conjurer le mauvais sort ?
Lui seul le sait !
Toujours est-il qu’il m’a dit quand il a fait ce jugement avoir diminué mon âge de six mois. Je peux donc en déduire que je suis né soit vers fin juin, soit début juillet 1921. D’ailleurs en règle générale la différence d’âge entre deux frères de même mère est le plus souvent de deux ans plus ou moins quelques jours.
Cette déclaration est faite en 1938 afin de me permettre de faire le concours pour accéder dans le corps des infirmiers et infirmières sanitaires de l’époque.
J’ai passé une enfance tout à fait ordinaire comme la plupart de mes congénères.
J’ai commencé très jeune par l’école coranique obligatoire comme tout bon petit musulman. Tous les matins, qu’il pleuve ou qu’il vente, il fallait aller chez les habitants de mon quartier, parfois au-delà, pour demander l’aumône. On avait beaucoup plus de chance de remplir son écuelle quand on avait une voix mélodieuse pour charmer ou pleurnicharde pour apitoyer.
Les usages
D’ailleurs il était d’usage que chaque famille, tous les matins, sorte l’aumône composée le plus souvent de grains. Certaines, parce que ce rôle est dévolu aux femmes, la portaient directement à la mosquée, d’autres attendaient sagement sur le pas de leur porte le passage du petit « almoudou».
à suivre