ce blog est celui des éditions ASPECT de Nancy qui se proposent d'éditer des textes de langue française d'écriture contemporaine.
Parmi les nombreux tapuscrits que nous avions reçus pour CARNAVALESQUES, il en est un que nous avons regretté de ne pouvoir éditer, car parvenu trop tard à destination : c'es( celui du poète Mohammed El Amraoui, dont vous trouverez ci-dessous un poème et que vous rencontrerez certainement à nouveau sous peu dans nos collections.
Simple péripétie
Le matin, une solitude
descend du plafond
jusqu’aux meubles.
La conscience passe.
Il avait trouvé
en bas des escaliers
une serrure neuve
des clous étalés
comme des virgules
et un hasard objectif
dans une pellicule photo
humide.
La vieille voisine
aux trois cancers
sous la peau
amenait son chat
déguster des boules
marrons
sous une r4 rouge.
Un souffle grimpe
une échelle
assortie au poumon.
Nuit.
le cœur sursaute
à chaque
chute de feuilles
l’ombilic retentit
par intermittence
à des nœuds de gaz
au-dessus de l’immeuble.
La lune est un téton
en silicone
de vieille vache
pendant au-dessus du toit
les fenêtres en
perpétuelle contraction
et les balcons des greniers
ouverts, avides
de choses
hétéroclites.
Et même le bus
quand il arrive
à la station d’en face
il prend la forme
de ce qui provoque
l’angoisse-
une inquiétante étrangeté
enflée d’où
entrent et sortent
des cubes et des
morceaux de scènes
humaines.
La forme passe, mais
l’étrangeté reste
un moment, fumée
grise, presque
familière au lieu, avant de
disparaître
puis
réapparaître
au passage suivant
du bus.
Le lieu
semble guetter en lui
une nuance secrète
et adverse
suspectus, unheimlich
uncanny, siniestro
shaytânî et aah ! de toute
façon, et quoique
J. s’allonge
sur son lit hivernal
et à côté de lui
la vie aussi s’allonge
comme un tissu
avec des tâches de
malchances, d’obsessions
d’illusion de lutte
et de simples péripéties.
(Pourtant
un rêve subsiste
parmi les orangers.)
Le poème est une entrée, c’est-à-dire un espace qui accueille, donne accès aux chose -à la chose et son contraire, à ce qui existe et ce qui n’est pas encore. Mais aussi l’action même d’entrer. Il est entrée dans, c’est-à-dire acte de passage d’un lieu à un autre en franchissant un seuil et une porte, et il est l’entrée par laquelle cette entrée se fait et l’espace où elle quitte, une fois pour toutes, un état pour se mettre dans un autre comme on quitte l’extérieur pour se mettre à l’abri de l’intérieur ou pour s’y perdre. Les choses donc du jour et de la nuit, du quotidien et du rêve, de l’enfance, de l’histoire, de l’actualité, de l’oubli, des livres, de la langue et de l’autre langue se trouvent tantôt en confrontation, tantôt en mixture. Et il faut lire le sens dans l’éclat de cette rencontre et dans les tessons qu’un tel éclat projette : entrée en la matière de cet éclatement.
Prochainement, sur ce blog, sa bio et sa bibliographie.