ce blog est celui des éditions ASPECT de Nancy qui se proposent d'éditer des textes de langue française d'écriture contemporaine.
Cee très beau poème est le premier des moments de poésie-chansons donnés à Epinal dans le cadre du Printemps des poètes 2008
Ernest Pépin
À tous les reconduits
Fils des murailles
Nous avons transporté les bosses du désert
Jusqu'aux portes du refus
La terre sous nos pieds déroulait ses frontières
Hissait des barbelés
Et refusait nos mains de pèlerins
Les passeurs cassaient nos âmes
Nos corps marqués au fer du soleil
Nos langues sèches de barbares errants
Et froidement tétaient l'argent de nos exils
C'est l'heure d'une folie douce
Nos genoux ont balisé l'enfer
Notre faim a mangé la poussière
Et nos silences ont grimpé la tour de Babel
C'est l'heure d'une folie douce
Là-bas
La ville amarre la misère
Le visage de l'épouse allume une feuille morte
L'enfant qui naît enjambe l'avenir
Là-bas la mort embarque les jours
Et les nuits dévorent la chair des étoiles
Nous sommes d'un long voyage
Un voyage d'ancêtres au coeur maigre
Un voyage de sauterelles affamées
Un voyage de pays sous parfusion
Un voyage d'ombres sans corps
Nous sommes de ce voyage
Où les nuits font contrebande de chair
Où les jours ont honte de leur soleil
Où les hommes quémandent le droit de respirer
Nous sommes de ce voyage
Nos yeux chavirent comme des pirogues blessées
Nos mains dénouent le nombril de nos rêves
Partir n'est pas partir
Quand les murs sont vivants
Partit n'est pas partir
Quand l'oiseau est sans nid
Partir n'est ps partir
Quand la terre se cloisonne
Dans la peur des peuples
Nos pas effrayaient la tour Eiffel
Les capitales repues du sel des colonies
Les usines à chômage
Les bourreaux d'arc-en-ciel
Les bourses mondialisées
Et les marchands de peau
Nos pas dérangent la marche du monde
Nos pas vont en fraude supplier l'horizon
Ils ne savent pas ouvrir les monnaies de l'accueil
Et ils s'en retournent humiliés
D'avoir à retourner
Au seuil de nous-mêmes
Est-ce la peau qui refoule
Est-ce l'homme qui dit non
Nous sommes les arpenteurs du refus
Les déserteurs sans papiers
Les capitales ont tissé nos douleurs
Et leurs lumières sont des flocons de sang
Des feux rouges sans paupières
Des enseignes interdites
Insectes saisonniers
Nous jouons
À recoudre l'espace
Derrière l'incendie
Nous jouons des jeux de prisonniers
Le monde entier est notre prison
Et nous jouons nos vies
Au casino des riches
Voici venue la saison des fleuves vides
Voici venue la saison des barbelés
Voici venue la saison des marées himaines
Voici venue la saison des esclaves volontaires
Même le village a mangé son midi
Et nos villes drapées dans la poussière
Sortent des seins maigres comme des aiguilles
Ô pays!
Nous avions rendez-vous avec les pays du rêve
Avec une autre géographie
Avec les grandes puissances de l'or et de l'euro
Leurs villes sont des vallées de miel
Des cornes d'abondance
Et leur pain quotidien récite sa prière
A l'ombre des cathédrales
Nous n'avons rien à déclarer sinon la faim
La faim n'a pas de passeport
Nous n'avons rien à déclarer sinon la vie
La vie vie n'est pas une marchandise
Nous n'avons rien à déclarer sinon l'humanité
L'humanité n'est pas une nationalité
La misère ne passe pas
Passager clandestin
Elle retourne au pays
Nos sandales ont usé les nuits
Nos pieds nus ont écorché les dunes
La rosée pleurait une terre inhumaine
Et nos mains mendiaient une autre main
Les drapeaux ont peur de leurs promesses
Ils se sont enroulés comme des scolopendres
Notre soif est retournée au feu de notre gorge
Et la vie nous a tourné son dos
Tout homme qui s'en va défie l'entour
Dessouche une nation
Et lézarde une étoile
Et dans ses yeux grésille une autre vie
Son feuillage est d'outre-mer
Quand tout au loin luit son désastre
Il fait troupeau vers les quatre saisons
Il fait tombeau aux bornages
Ô nègres marrons!
Ce sont forêts de béton et d'arbres chauves
Souviens-toi de l'enfant mort d'atterrir
En un seul bloc de froidure
Dessous le ventre de l'avion
Souviens-toi de sa mort d'oiseau gelé
Souviens-toi
Et toi reconduit
Econduit
Déviré
Jeté par-dessus bord
Taureau d'herbe sèche
Regarde-toi passer sur la terre
Les yeux baissés
Et sur la joue le crachat desnations
Ils ont faim du soleil
Mais le soleil a faim aussi
(Parole de poète)
Demande-toi où est ton lieu
Ton seul lieu d'accueil
Tu inventeras la terre
Lamentin le 29 octobre 2006
Ernest Pépin
Né le 25 septembre 2005 à Castel Lamentin en Guadeloupe, Ernest Pépin , après des études supérieures à Bordeaux, est professeur de lettres en Martinique, où il participe activement à la vie culturelle. Producteurs d’émissions littéraires, conférencier et poète, critique littéraire, il écrit parallèlement des romans et des recueils de poésie
Depuis 1985, il est directeur de la Culture et du Patrimoine au Conseil Général de la Guadeloupe.
Pour écouter les émissions "Aujourd'hui la poésie", choisissez le lien"RADIO DECLIC" puis "émissions" puis aujourd'hui la poésie"
le chargement est un peu long mais vous pourrez ainsi écouter toutes les émissions enregistrées
http://www.nancy.aspect.editions.over-blog.com