ce blog est celui des éditions ASPECT de Nancy qui se proposent d'éditer des textes de langue française d'écriture contemporaine.
L'association Culture et Communication propose, sous la houlette de Nicole Granger, un Minuit-Midi Poésie le samedi 15 mars pour un hommage à Pierre Albert-Birot.
à 15 h , Arlette Albert-Birot préentera l'oeuvre du poète et une exposition de documents relatifs à son travail d'écrivain
à 17 h, thé en lecture
à 20 h 30 repas en lecture "la belle histoire" (sur réservation)
en partenariat avec le Forum IRTS de Lorraine et la MJC Lillebonne
Pierre Albert-Birot, poète-inventeur
Le rouleau compresseur surréaliste a tenté d’écraser de son poids les artistes individualistes contemporains, mais malgré son excavatrice et sa benne d’anathèmes religieux, le mouvement n’a
pu enterrer ni Cendrars, ni Artaud, ni Pierre Albert-Birot. Seul, Apollinaire a été honoré, sans gloire, très formellement par un banquet en 1917 comparable à celui donné en l’honneur du
facteur Cheval, immense chahut de cantine scolaire en présence de Picasso.
Pierre Albert-Birot, aîné avec ses vingt ans de plus que les appelés de la Seconde-guerre, certes tardif, mais “prêt à tout casser”, n’appartenait pas à la génération des
surréalistes. Protéiforme, éternel adolescent, inventeur enragé, il prodigue son énergie dans tous les arts, plastique, typographique et poétique, assurant à lui seul toutes les avant-gardes
possibles. A la différence des surréalistes perdus dans l’alchimie ou la psychanalyse de pacotille, il fabrique son propre langage grâce à une activité centrifuge réussie dans des domaines
inexploités, expérimentateur d’un théâtre circulaire proche des Russes où il adapte Apollinaire, de poèmes à “crier à danser”, d’un cinéma audacieux avant qu’Artaud et Desnos ne se consacrent aux
scénarios.
Créateur depuis la revue SIC, événement essentiel, parthénogénétique, il déclare”C’est ma fille, je suis son père et elle m’a donné naissance” : au total, cinquante-quatre livraisons entre
janvier 1916 et décembre 1919. Dans son acte créateur, malgré son aversion pour les mouvements en isme, il brasse les inventions des mouvements européens, futuriste, cubiste, lettriste, dadaïsme,
au point d’envisager de devenir son propre chef d’un “nunisme”, et crée sa voix unique, pétulante, déconcertante sur le plan syntactique : voilà un domaine en fin de compte où la prose élégante
de Breton, le pire ennemi de PAB, saturée d’images, ne s’aventurera jamais.
Depuis les années 90, à l’initiative d’Arlette Albert-Birot, les éditeurs décrassent l’invention de l’Entre-deux guerres faute de trouver des novateurs contemporains et entreprennent une
démarche d’historiens où enfin Pierre Albert-Birot se voit reconnu à son juste rang.. En particulier, l’éditeur Jean-Michel Place rassemble les six livres de Grabinoulor, in extenso, soit
un pavé de 1000 pages suivi d’une postface d’Arlette Albert-Birot “De l’éveil au point final” et de l’historique et de l’index des noms de personnages et des lieux de cette “épopée”. De même pour
ne pas le laisser entre les mains des bouquinistes, les éd. Zulma intègrent dans le catalogue un titre de cet écrivain inclassable, Mon ami Chronos, dialogue entre l’auteur et le Temps, après l’arrêt de toutes
les pendules de la terre.
Avec PBA; “lire est tout simplement suivre une aventure d’amour” (cf préface de Joëlle Jean dans Poésie/ Gallimard). Le lecteur partage son optimisme contagieux et sa folie dès
La joie des sept couleurs où il entrera dans sa fantaisie des onomatopées, des calligrammes : “ Je veux qu’on me donne des couleurs claires ... malgré ceux qui pleurent”, “Je prends plaisir à
m’étendre sur toi
mais
je suis légère ma
bien-aimée et mon
bleu
va si bien
à
ton blanc..”.
Mais il éprouvera bien d’autres raisons de se sentir euphoriques dans des vers sublimes où, paradoxalement, PBA s’exclame parfois au cours des moments les plus douloureux de la vie collective et
individuelle, sans ponctuation, vers laissés sur le blanc du papier, en minuscules ou resserrés
Celui devait veiller
s’est endormi
Il devait
faire la lumière il n’a pas allumé
Quand il
s’éveillera
Il dira
qu’il ne s’est aperçu de rien
S’il se
réveille
Extrait de La Panthère noire
Poèmes en 50 anneaux
Et 50 chaînons
ou vers irréguliers en capitales
“JE VOIS LE VENTRE DES OISEAUX QUI FONT DES LIGNES SUR LE CIEL ET VOILA QUE JE COMMENCE A OUBLIER LE NOM DES CHOSES EN FACE IL Y A LE DÉSIR EN PIERRE DE QUELQU’UN QUI N'EST PAS LA... “
Extrait de La joie des
sept couleurs.
Alain Gnemmi
Pierre Albert-Birot aux éditions ASPECT : Atmosphère, suite de 7 poèmes "CARNAVALESQUES 2007"
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